Jour 1
C’est le grand jour du départ, la traversée ne dépend plus que de la caravane, maintenant que l’Europe est derrière moi. Un poids est tombé de mes épaules pour ne plus jamais y remonter. Le soleil se lève dans le ciel et je quitte l’hôtel en hâte, je dois sûrement être déjà en retard. La caravane est prête, comme je le pensais, ils m’attendent et les chameaux sont couchés en attendant l’ordre du départ et leurs cavaliers. Il fait déjà chaud, très chaud. Quelques hommes en turban s’avancent et me font comprendre qu’il me faut me changer puis m’offrent de me rafraîchir avec leur thé brûlant. Je me vêts alors d’un grand pantalon bouffant, une large chemise blanche, d’un turban blanc et une sorte de soulier traditionnel en cuir qui ressemble plus à un mocassin qu’à autre chose.
Je me tourne vers le désert et les cris des enfants, les brouhahas des foules et des marchés s’estompent. Je suis seul devant l’horizon couvert de dunes, cachant en son sein quelques oasis isolées. Et toi, tu es là, quelque part dans cette immensité de sable roux, on se sent si petit devant cette immensité. Le temps semble s’arrêter, comme suspendu et émerveillé lui aussi devant ce paysage. Ici devant cette grandiose vision, boire un lait de chamelle avec quelques dattes devant un petit feu de brindilles prend un sens, celui du voyage, celui d’une chasse au plus grand trésor qu’eut possédé ce monde. Retrouverai-je seulement ton palais ? Le retrouverai-je une fois encore tel les palais des milles et une nuit ? Je me sens si seul et si las quand je pense à la distance qui nous sépare.
-— Sahib
Une voix s’élève et me tire de mon engourdissement. L’homme qui m’avait offert l’hospitalité et les vêtements me regarde fixement.
-— Sahib, nous devons partir.
Je hoche la tête et me dirige vers le chameau qui m’est destiné. Je monte sur la selle et me laisse conduire par un enfant rieur et plein d’entrain. L’homme monte lui aussi sur une splendide bête blanche et prend la tête de la caravane, donnant le signal. Il est jeune et pourtant, personne ne conteste son pouvoir. On eut pu dire qu’il semblait débraillé, avec ses mèches noires volantes s’échappant de son turban et ses quelques poils de barbe qui indiquaient qu’il devait avoir à peine vingt ans. Cependant, une grande dignité et maturité s’élevaient de sa voix, de ses mouvements et de son regard : des yeux clairs dignes d’un fils du désert. L’enfant me dit que le guide s’appelle Hamza, ce qui veut dire le lion. Je trouve que cela lui va bien.
Je me retourne, la longue caravane s’éloigne maintenant de la ville pour un voyage à travers le temps. Des chemins qu’aucun moyen de locomotion actuel ne pourraient remplacer, connus du jeune Je me retourne, la longue caravane s’éloigne maintenant de la ville pour un voyage à travers le temps. Des chemins qu’aucun moyen de locomotion actuel ne pourrait remplacer, connus du jeune homme seul. Destination : le pays des contes et légendes du désert. Des voix murmurent dans cette langue si harmonieuse qui fascine tant de rêveurs et inspire tant de conteurs. Lentement, la caravane s’avance, le vent souffle et tous se protègent du Khamsin qui semble nous souhaiter la bienvenue à sa manière. Dans ce pays où le temps n’est plus, je suis réduis à une infime particule face à l’immensité de ce sable sans fin.
Jour 4
Nous nous arrêtons à peine, juste pendant les heures trop chaudes de la journée. Je commence à avoir des courbatures dans le bas du dos. Le petit garçon qui guide mon chameau, Azmar, m’a fait comprendre qu’une fois, à cause d’une violente tempête de sable, la caravane avait dû faire un grand détour. La traversée avait duré plusieurs semaines de plus que prévu. C’est pourquoi à présent je redoute ces violentes tempêtes si c’est pour me languir de toi encore plus longtemps.
Car toi, tu n’es pas là. Le monde est si beau, mais je ne le vois pas. Je sens comme un vide au-dessus de mon coeur, comme un froid malgré cette chaleur. Tu es si proche, j’ai l’impression que tu es si loin de moi. Il y a tant de chemin à parcourir avant de te retrouver. C’est ainsi en pensant à toi, sous les ardents rayons du soleil, bercé par le pas lent de l’animal, je m’endors. Dans mes rêves les djinns et les scorpions t’enlèvent à moi une fois encore. Dans le tourbillon du vent, il me semble pourtant entendre ta voix.
Jour 6
Le vent a baissé à présent, tous les hommes ont gardé leurs turbans pour se protéger du soleil. Je ne sais pas comment ils font pour voir même à travers cette fente, car la lumière est aveuglante. Je suis le seul à porter des lunettes de soleil ! Pauvre européen perdu dans un paysage étranger. Leurs yeux perçants et infatigables ne sont pas blessés par cette intense lumière. Ils voient bien des choses que je suis incapable de voir.
Cela me rappelle, toi, encore et toujours. Je m’étais senti si bête devant toi, ta sagesse et ta beauté. J’ai été subjugué par toi. Je ne suis pas intelligent ni très proche de la nature, mes connaissances sont limitées. Ce jour-là pourtant, je t’ai “vue” telle que tu es. J’ai “vu” ton âme et cette vision ne m’a plus quitté depuis ce jour-là. Entendre ta voix m’a transformé, sentir la chaleur de ton corps m’a bouleversé et jamais plus je n’ai vu le monde de la même façon. Dans mon pays froid où souffle le vent du nord dans un paysage terne. Le ciel gris et sombre autant que celui-ci est blanc et lumineux. Je ne retrouvais plus ma joie d’avant. Je n’avais plus les mêmes goûts, je ne riais plus, je ne souriais que dans mes souvenirs, te voyant encore et encore, entendant ta voix, ta si douce voix… J’étais tombé amoureux de toi.
Aujourd’hui, je contemple les tourbillons de lumières tremblotants qui rompent la monotonie du paysage des dunes. Je pense à ma famille. Aucun d’eux n’a compris ce choix, il est insensé je sais. Le chemin pour arriver à toi n’est pas aisé, le soleil me torture, mes sens s’affolent. Il me semble délirer. L’épreuve est longue. La douleur est présente dans mes membres même pendant les temps de repos, la fièvre me rend fébrile, ma respiration ne se fait pas sans douleur. Il me semble être ailleurs, et pourtant je ne peux pas brûler les étapes qui me mènent à toi, c’est impossible. Cela ne se fait pas ainsi, je dois endurer, je dois tenir bon, j’y arriverai. La première fois c’était un accident, aujourd’hui c’est moi qui fais le chemin vers toi, et je te retrouverai.
Jour 8
Perdu dans mes pensées, il m’arrive de pencher la tête et de m’abstraire de ce qui m’entoure. Aussi, je n’avais pas remarqué ce qui était visible au loin. Ce n’est que quand une source de fraîcheur se pose sur mon visage que je lève la tête, je sors étonné de ma longue rêverie. Je contemple une fraîche et claire oasis où je me doute que nous passerons la nuit. Les immenses palmiers protègent les quelques cultures des impitoyables rayons du soleil. Cette oasis me semble un paradis où le monde n’a pas d’emprise.
Les petites maisons aux toits plats semblent sortir d’un conte tant l’architecture semble belle et atypique. Les femmes couvertes de la tête aux pieds ne laissent voir de leurs visages que leurs beaux yeux profonds qui me lancent des regards furtifs. Chacune, je les observe, me demandant si jamais il pouvait exister une femme qui puisse seulement t’égaler. Je cherche à déceler ta voix qui me hante, dans l’une de ces jeunes femmes habillées de nuit.
Le soir tombe quand nous mettons pied à terre, et le soleil donne un éclat à cette oasis que je ne puis décrire. Tant de splendeurs, tant de beauté dans une palette de couleur incroyable. Quelques femmes profitent de la fraîcheur du soir pour faire jouer leurs enfants avant de les coucher et quelques rires s’ajoutent à la sérénité du soir. En parcourant des yeux le paysage, je vois sous une tente, quelques hommes fumant le narguilé et discutant vivement. Je me poste près du puits et m’assoie, me laissant bercer par les derniers rayons du soleil. Mon esprit se met alors à voguer à travers les dunes pour te rejoindre.
Un homme s’avance et je reviens peu à peu à la réalité. Il s’est assis près de moi, comme comprenant mon espoir et le but même de mon voyage. Doucement il se met à parler dans sa langue natale et malgré mon inaptitude à le comprendre – ne parlant pas l’arabe – il me semble percevoir ce qu’il tente de me dire. Peut-être est-ce mon imagination, mais je suis sûr qu’il m’encourage à tenir, me disant que je suis attendu. Il se lève ensuite et me fais signe de le suivre, ce que je fais. Il me fait rentrer dans une tente haute et large. Lui et les anciens du village me montrent sur une carte vieille comme le monde le chemin que nous aurions à parcourir les jours suivants. Ensuite, il me conduit dans une petite maison où une famille m’offre l’hospitalité, usage et valeur de ce peuple et je m’endors dans un vrai lit.
Jours 11
Nous sommes partis hier de cette oasis paradisiaque, il semblerait que nous ayons été ralentis à cause du temps. Ce soir au coin du feu il me semble être malade. La nuit s’annonce douce et claire, le campement est pourtant tranquille, mais je souffre le martyre. Peut-être est-ce de reprendre le voyage sur mon chameau, faire une pause de plusieurs jours m’a déshabitué. C’est irréaliste. Il y a quelques heures j’ai vomi et me suis retrouvé fébrile et incapable de tenir debout, je crois que mon état fait peur à Hamza, il est très calme mais la tension est palpable. Il ne peut faire stopper la caravane maintenant, il faudra aller jusqu’au prochain village, perdu comme les autres. La nuit se fait longue, mon corps épuisé ne parvient pas à se reposer, et mon esprit tiraillé vagabonde sans raisons.

Jours 14
Azmar m’a dit ce matin quels ont été les étranges derniers jours. Il semblerait qu’on ait dû continuer la route malgré mon état. Selon lui j’ai beaucoup parlé dans mon sommeil, bien que ça ait été incompréhensible. Tous dans la caravane se sont montrés très attentionnés, bien que je n’aie pas vraiment de souvenirs de ces derniers jours que de vagues rêves embrumés.
Je suis encore très faible, mais je me suis lié d’amitié avec Farouk et Mourad, deux proches semble-t-il de mon guide, le jeune Hamza. Le premier semble-t-il m’a guéri de la fièvre du désert, c’est ainsi qu’ils nomment la maladie dont j’ai souffert. Vois, ma douce, je suis bien entouré, et je viens à toi comme promis. Ni la maladie ni la mort ne peut me ravir à mon chemin. Les visages souriants de mes amis penchés sur moi sont autant de promesses de mon étrange voyage.
Ce pays des contes, des rêves est tellement aride sans toi, la chaleur dessèche la peau, les lèvres et la gorge. Son climat impitoyable désespérerait toute personne qui ne possède pas un grain de folie. La réalité est parfois tellement dure, amour de mon cœur, que j’en viens par moment dans ma fatigue à haïr ce pays rêvé. Et seul ton souvenir permet de me relever, et goûter ce que je ne peux voir, comprendre le vent et le silence du désert. C’est à ce moment que je comprends que seul l’amour peut régner en maître dans ce monde et que sans lui, toute chose devient morte et sans âme. C’est mon amour pour toi qui m’a éveillé à la vie. Il m’a ouvert les yeux sur la beauté du monde malgré sa brutalité et sa sauvagerie.
Jour 19
Il me semble me perdre, est-ce la folie qui me guette ? Je ne peux tomber si bas… Le temps semble ne pas avoir d’emprise sur cette route, rien ne change et rien n’est semblable. Comment avons-nous pu se rencontrer ce jour-là ? Comment suis-je venu à toi ? C’est un mystère qui restera secret je le crains… Le vent hurle toutes les nuits et me plonge dans une profonde solitude malgré mon entourage si chaleureux.
Ces longues nuits d’insomnies me torturent l’esprit. Je me rappelle ces moments d’éternité, ces adieux faits à mes amis, il me semblait alors partir pour ne plus jamais revenir. Mais de quoi demain est-il fait ? Qui suis-je pour prédire une telle chose ?
Jour 21
Sept jours se sont passé à travers ces paysages immobiles. A chaque halte, je me dis que je me rapproche de toi. Les femmes de ton pays sont belles mais aucune ne t’égalent, je voulais m’en assurer même si c’était idiot. Je t’avais déjà vue et au fond de moi je le savais déjà. Demain, nous allons rentrer dans les montagnes, passant du désert de sable au désert de roche. Pour la suite, 8 jours encore à dos de chevaux avant de rentrer dans la plaine et là, je serais près de toi, enfin !
Ton royaume, pays des messagers du vent, fougueux pur-sangs, des femmes couvertes des longs voiles de couleurs, des princes et princesses, des palais plus grands que nos cathédrales, des fruits aux mille saveurs et mille couleurs, s’annonce bientôt. Ce pays au fleuve si clair qui faisait rêver tous les explorateurs d’une autre époque, ce pays enfin, que nul n’avait trouvé et que tous cherchaient. Et par-dessus tout, toi, le plus beau joyau que la terre eut porté, que seuls les princes eurent possédé, toi tu m’es promise par le sceau que nous avons scellé, un soir dans ton brillant palais, et par la musique de ta voix, tu t’es offerte à moi.
Moi ! Pauvre gars fou de toi comme le furent tous les étrangers à te découvrir ! Tu choisis mon cœur et t’en fis la reine, alors que tant soupiraient après toi. Eux étaient bien plus dignes que moi de ta beauté et de ta voix. Pourtant, je me sens étrange. C’est comme un long rêve dont on ne peut sortir, comme une violente torpeur. J’ai besoin de toi, tu me rends fou, je ne peux pas vivre sans toi. Et pourtant je m’endormirai encore solitaire ce soir, bercé par les échos de ta voix dans mes rêves les plus profonds.
Jour 25
Dans ce paysage de pierres, impossible de se prêter à la rêverie durant la journée. Le petit cheval robuste qui me porte choisis soigneusement son chemin, mais je ne puis m’abstraire des gouffres aux arêtes tranchantes qui semblent m’appeler vers le fond sur ma gauche. La falaise abrupte sur ma droite, d’où chutent d’immenses oiseaux en attente qu’un voyageur dégringole pour pouvoir s’en repaître. J’ai parfois beaucoup plus peur pour Azmar que pour moi et je le prends souvent avec moi sur mon petit cheval, où bien je descends à sa place. Je n’écoute pas les remontrances de Mourad, ce genre de chemin n’est pas fait pour les enfants. Le petit m’aime bien je crois. Cependant les journées sont longues : notre jeune chef semble être conscient de la rareté des aires dans les rochers nous permettant de nous reposer. Pour cela il nous faut forcer le chemin, quitte à éreinter nos montures et nos jambes.
L’espoir me revient, il me semble me souvenir à présent. Tous les membres de la caravane, terriblement accablés dans le désert, semblent reprendre courage et espérance eux aussi. Le mythe de ton existence est connu de tous ces gens, je l’aurais parié. Ton histoire fascine et séduit si facilement. C’est avec cette pensée que je continue mon chemin à travers ces effrayantes rocailles.
Jour 27
Le jour se lève à peine et teinte les roches d’intense couleur rouge sang, les hommes sont déjà actifs pour permettre à la caravane de reprendre la route, les chevaux sont prêts, de frais et robustes petits chevaux. Cette forteresse de pierre naturelle est semblable à un labyrinthe. Quiconque veut y pénétrer avec hâte et sans un peu d’humilité périssent inévitablement broyé ou en tombant dans les abîmes de roches brûlantes.
Ce désert de pierre rompt toutes les entraves et dévoile les cœurs, les visages de mes compagnons de route sont lumineux. L’amour se lit dans leurs yeux et la pureté dans leurs sourires, il est certain que ton royaume n’est pas du monde d’où je viens. ô joie, ô délices, tes merveilles me remplissent le cœur et le fais battre encore et encore. Le soleil et les étoiles brillent plus fort, et dans les murmures du vent dans ces monts pierreux me vient les chants d’oiseaux qui viennent jusqu’à nous !
Jour 29
Enfin, nous y sommes, la plaine verte et bleue s’étend à mes pieds. Les caravaniers sourient, leur chère ville apparaît à l’horizon, ce soir, chacun dormira près de sa femme et de ses enfants. Quant à moi, il ne me reste qu’à te retrouver. Doucement, chaque pas me rapproche de toi, le grand jour est enfin arrivé, mon coeur bat très fort dans ma poitrine : je vais enfin te retrouver, toi, trésor impossible aux si simples mortels, et c’est à moi que tu as donné ton coeur, à moi seul ! Mon corps est las mais déjà il me semble rentrer dans un autre monde hors du temps. Mon âme semble goûter des délices ineffables tant les couleurs du paysage devant mes yeux contrastent avec ce long voyage à travers le désert !
À proximité de la ville Soleil, des cavaliers viennent à notre rencontre, nous aidant à nous préparer à entrer dans la ville, nous offrant rafraîchissements délicieux, et somptueux vêtements et nous remplaçant nos montures fatiguées par ces splendides créatures filles et fils des vents. Un des valets que je n’avais pas remarqué s’approche à présent de notre guide, revêtu plus splendidement qu’un prince. Il lui offre en se courbant un petit coussin blanc brodé d’or, portant une bague, en or sculpté, serti d’un rubis de grosse taille. Elle est superbement incrustée comme une sorte de clé pour un passage secret. Le jeune homme lui fait un signe et s’approche vers moi avec le valet toujours courbé.
Me voilà aussi bien habillé qu’Hamza, à défaut de son mince cerceau en or sur son front qui m’indique son rang. Le valet met un genou à terre et, la tête toujours penchée, me tend le coussin. La Clé. Je comprends et ma gorge se serre, ému, je remercie le prince et regarde d’un œil neuf les gens qui se trouvent autour de moi, tous savaient. Tous sont d’une haute caste, même Azmar mon petit guide semble être de la famille du prince. Tous ces grands, Farouk, Mourad, m’ont servi comme serviteurs pendant tous ces jours et à présent semblent heureux de mon étonnement et de la faveur qui m’est faite. Qui oserait être heureux de contredire ton cœur ? Rien n’est top beau pour tout ce qui est lié à toi. C’est pourquoi, je comprends à ce moment que c’est un honneur des plus naturels que celui qui m’a été donné.
L’entrée dans la ville Soleil se fait avec les hourras des foules qui ne savaient si son glorieux prince et son digne hôte rentreraient a temps… destinée… étrange destinée ! Mes souvenirs me reviennent en passant à travers ta ville, là, dans cette ruelle, et là sur la place du marché avec sa fontaine ! Merveilleux moments passés avec toi, et mon cœur vibrait pour toi comme le tien vibrait pour moi, et vibre toujours…
Le prince me conduit à son palais aux immenses jardins et aux salles aux voûtes si grandes qu’elles pourraient contenir tous les Djinns du désert. Les porches sont gardés par de vaillants hommes armés d’un grand sabre courbé et d’une lance effilée, bien que ces armes n’aient pas fait couler le sang depuis des siècles. Enfin, nous descendons de cheval qui sont conduits dans de grandes écuries non loin du palais. Je m’en souviens pour y avoir été lors de mon départ en hâte, sans avoir eu le temps de te dire un dernier adieu. Une petite porte d’aspect simple mais superbement décorée me fait à présent face, une sorte de grand joyau incrusté et taillé comme une serrure telle qu’il n’en existe pas chez nous se trouve à hauteur de poitrine. J’avance la main et met la bague dans cet endroit et un déclic se produit.
La porte s’ouvre et découvre une salle ni trop grande ni trop petite mais richement décorée. Comme il se doit pour la plus grande et la plus belle des reines. La salle est meublée de bon goût et de grandes teintures sont posées çà et là sur le sol de marbre rose, de grands coussins de toutes les couleurs posés dessus. Mais mon attention est portée sur le grand coffre et non même sur les servantes effarouchées qui s’enfuient en courant. Je m’avance avec émotion et là, le prince me devance et insert une petite clé en or pendue à sa poitrine. Un déclic se produit et le bois craque, tout doucement, je l’ouvre et découvre mon trésor allongé sur de moelleux coussins, toi, dans une atmosphère tiède et douce, dans ce coffre immense pouvant contenir plusieurs personnes. Je me penche et le prend dans mes bras.
Nous allions enfin être réunis et je m’emporte dans cette harmonie. Tout mon voyage, mes peines, mes joies, mon espoir, mon attente, trois ans d’interminable attente, mes douleurs… ressortirent en une mélodie aussi légère que le vent qui souffle, aussi fraîche que l’oasis, aussi profonde que les si beaux yeux des femmes de ce pays. Aussi ardents que les rayons du soleil, aussi lente que le pas des chameaux. Tantôt aussi rapide les enfants qui gambadent tels des cabris sur le sable chaud, tantôt aussi merveilleux que le sourire de la lune au fond de l’eau du puits.
Tu m’avais tant manqué, enfin je te retrouve, aucun son ne t’avait jamais égalé. Tout ce que mon coeur gardait ressortit avec cette finesse cristalline, cette délicatesse, cette beauté et cette pureté que seul un violon peut produire comme son. Ton coffre de bois noir aux reflets de feu et de braises vibre et résonne avec tant de douceur et de rondeur. Tandis que mes doigts gambadent sur ce manche d’ivoire et que l’archet en courant sur tes cordes fait ressortir ton chant, ce chant que j’ai tant attendu, tant désiré, le voici.
Fin.
